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  Nouvelle-Calédonie > Administration - 29/10/2009    
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Sexe, drogue et alcool : les « Skins party » débarquent
La série télé Skins inspire les adolescents de Nouméa. Comme cela se fait en Europe, une soirée « Skins » est prévue en fin d’année. Le principe : zéro limite dans le sexe, la boisson et la drogue. Une association anti-alcool s’inquiète.

Connaissez-vous Skins ? Si ce n’est pas le cas, demandez à vos enfants ou vos petits cousins. Comme des millions d’adolescents, ils sont certainement familiers de cette série télé anglaise, diffusée depuis deux ans sur Canal + et largement visionnée sur internet.
Une série qui doit son succès à un parti pris réaliste, loin des enrobages politiquement corrects des fictions pour ados. Dans Skins, les lycéens tombent amoureux, détestent leurs parents et traversent toutes les crises de leur âge.
Sauf qu’ils ne se plongent ni dans le sport, ni dans les cours de théâtre pour compenser. Ils boivent et vomissent, fument de l’herbe, gobent des cachets interlopes et perdent leur virginité comme on égare un ticket de bus. À la fin de la première saison, les héros trompent ainsi l’ennui en organisant une « secret party » sans limite, où les filles baignent dans la sangria, tandis que des cachets d’ecstasy passent de langues en bouches.
Cette orgie parfaite, diffusée en 2008 chez nous, a donné naissance à des « soirées Skins », un peu partout en Europe. « À l’origine, c’est une soirée organisée à l’arrache, chez quelqu’un ou dans des lieux désaffectés, là où les gens peuvent vraiment se lâcher », témoigne un organisateur parisien, dans l’hebdomadaire l’Express du 14 septembre.
Cette mode va bientôt arriver à Nouméa. Il y a quelques jours, une annonce est apparue sur le site Noumeabynight.com, spécialisé dans les sorties nocturnes. Une « skin party » est annoncée le 26 décembre, dans un lieu « communiqué trois jours à l’avance », sans doute du côté de Ducos. Pour une entrée à mille francs, on trouvera, pêle-mêle : sexe, drogue, alcool no limit, anonymat absolu... L’organisateur indique qu’il va « tout faire pour que cette soirée soit trash », tandis qu’une vidéo défile sur le site, alternant scènes de fête et images (furtives) de cannabis et de pilules.
Joint par téléphone, hier, l’organisateur tempère. « C’est vrai que dans la série, ils prennent des cachets, admet Anthony, 17 ans, alias DJ Anthony. Mais la drogue, c’est surtout pour le slogan, on encourage pas spécialement. Et en alcool, il n’y aura que de la bière, on essayera de ne vendre qu’aux majeurs (...) Ça fait longtemps que beaucoup de jeunes se disent qu’il faudrait organiser ça à Nouméa, mais personne ne l’avait encore fait. »
Sauf que cette fête « no limit » n’est pas du goût de tout le monde. L’association de prévention des abus d’alcool (APAA) a adressé un courrier d’alerte au procureur de la République. Pour l’APAA, qui vient d’importer l’idée des « capitaines de soirée » (1), la « skin party » ne passe pas. « Ce qui nous choque, c’est que les mots ‘’alcool” et ‘’drogue’’ soient résolument associés à l’organisation de la soirée (...) D’une certaine manière, cela ruine tous les efforts d’information et de prévention que les associations comme la nôtre essayent de faire passer auprès du public », regrette Nathalie François, directrice de l’APAA. D’autant que les jeunes Calédoniens sont déjà très friands de conduites à risques, avec ou sans « Skin party », comme l’a révélé un rapport de l’Inserm en 2008 (2). Et que cette démesure s’exprime surtout dans trois domaines... Précisément le sexe, l’alcool et la drogue !
La Skin party aura-t-elle lieu ? Sauf intervention extérieure, cela ne fait guère de doute. Car l’idée plaît, bonne ou mauvaise. « On a créé un groupe sur Facebook, et on a déjà 600 inscriptions », s’enthousiasme DJ Anthony.

Marc Baltzer et Pierrick Chatel

(1) Dans chaque groupe de fêtards, le conducteur s’engage à rester sobre et à ramener tout le monde.
(2) Institut national de la santé et de la recherche médicale. Situation sociale et comportements de santé des jeunes en Nouvelle-Calédonie. Mars 2008.

 

  Ceux qui sont contre 
Ludivine et Maëva : « Pas conscients des risques »
Comme beaucoup de jeunes, Ludivine et Maëva, lycéennes à Lapérouse, ont leur profil sur Facebook. C’est par ce biais-là qu’elles ont été au courant de l’événement à venir, même si le bruit court depuis plus longtemps. « Cette soirée, on en entend parler depuis l’année dernière. Au lycée, tout le monde en parle ou presque. » Et les deux filles connaissent la série télé qui a inspiré le « concept », une série « trash, mais proche de la réalité ». Elles restent partagées sur l’intérêt d’une telle fête. « Le problème, c’est que certains jeunes ne sont pas conscients des risques que peuvent entraîner certaines drogues. »

Aurélie : « Ça me choque »
« Franchement, ça me choque que la soirée revendique clairement son côté « drogue ». Ça fait bizarre de voir ça sur un flyer, où habituellement, le message passe par un graphisme suggestif. Là, ça fait peur. »  Ses camarades sont encore plus définitifs : « On voit ça d’un mauvais œil, surtout quand on sait que certaines drogues comme les ecsta commencent à circuler. Dans ce genre de soirée, ce sont les dealers qui vont se frotter les mains. »

Sébastien : « C’est mal venu »
« Les organisateurs de cette soirée risquent d’avoir des soucis. » A la vue du flyer, la première réaction de Sébastien, chargé du rayon « musiques électroniques » chez un disquaire, n’est pas vraiment d’ordre musical. « Tout le monde sait que les drogues ou les produits assimilés circulent dans ce genre de soirée. Mais par rapport aux campagnes de prévention, c’est sans doute mal venu d’écrire les mots « drogues » et « alcool » noir sur blanc. »
  Ceux qui sont pour 
Charlotte : « Un slogan pour faire venir du monde »
« Sexe, drogue et alcool ? C’est plus un slogan pour attirer les gens », estime Charlotte, qui va volontiers dans ce genre de soirées, qui restent généralement discrètes, « pour ne pas se faire avoir par des contrôles. C’est pour cette raison que ça fonctionne par le bouche à oreille et que le lieu de la fête est connu au dernier moment. » Si elle ira à la soirée Skins ? « Oui, et puis tout dépend de ce qui va s’y passer et de l’ambiance. Mais généralement, pour une bonne soirée, il suffit de bonne musique et d’un peu d’alcool. C’est tout. »

Robin : « Un nouveau concept »
Pour les habitués des soirées électro, les nouveaux concepts sont toujours les bienvenus. « C’est vrai que ça fait maintenant deux mois qu’on en entend vraiment parler, et c’est quelque part intrigant », reconnaît Robin, 18 ans, qui a forcément envie d’y aller. D’autant que, comme d’autres amateurs de musiques électro, Robin a déjà assisté à des sets de DJ Anthony, « un DJ très populaire ». C’est l’aspect novateur de la soirée qui l’attire. « On ira, et on verra bien comment ça va se dérouler. »

Julien : « Ça devient vite n’importe quoi »
A Paris, Julien a déjà participé à des soirées « Skins ». « Généralement, ça se passe chez des privés, dans des lofts ou dans des entrepôts désaffectés, avec un type de musique bien précis. Généralement, la gêne disparaît rapidement et l’ambiance devient chaude. Ça devient vite n’importe quoi. » Pourtant, le lycéen doute un peu que le concept prenne sur le caillou, « où tout le monde se connaît et où les choses seront forcément un peu différentes ». Pourtant, si la soirée a lieu comme prévu, Julien ne boudera pas son plaisir. « Bien sûr que j’irai ».



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