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  • AFP | Crée le 03.04.2025 à 05h00 | Mis à jour le 03.04.2025 à 05h00
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    Le coût élevé du tabac a créé un marché noir lucratif entraînant une hausse de la criminalité et privant le pays de milliards de dollars de ressources financières via les taxes. Photo David Gray / AFP
    L’augmentation importante du prix des cigarettes en Australie provoque une "guerre du tabac" et nourrit le marché noir, privant les pouvoirs publics de milliards de dollars de recettes fiscales et étant source de criminalité, avertissent des experts.

    Alors que le paquet de 25 cigarettes a atteint 3 460 francs (29 euros), de nombreux fumeurs se tournent vers le marché de la contrebande, échappant à l’impôt indirect sur le tabac, a déploré récemment le ministre des Finances et trésorier australien Jim Chalmers. En mars, Canberra a ainsi raboté de 477 milliards de francs (4 milliards d’euros) sa prévision de recettes fiscales sur les ventes de tabac d’ici 2029. "C’est une crise fiscale, donc nous perdons des milliards et des milliards de dollars en droit d’accise (impôt indirect, NDLR) mais aussi, ce qui m’inquiète plus […], c’est qu'elle est devenue un problème majeur de criminalité", alerte James Martin, professeur de criminologie à l'université Deakin de Melbourne.

    Une facture d'1 million de francs par an

    Depuis début 2023, plus de 220 incendies volontaires ont visé des revendeurs du marché noir ou des propriétaires de boutiques ayant refusé de vendre des produits illicites à base de tabac selon James Martin, qui dénonce des actes d'"extorsion" et d'"intimidation".

    Des criminels se disputant le contrôle du "lucratif" marché illégal du tabac sont à l’origine de "violences", selon Heather Cook, directrice générale de la commission du Renseignement en matière criminelle. Et les forces de l’ordre ne peuvent résoudre le problème seules, affirme James Martin, car "si nous rendons plus difficile l’accès à la nicotine, les gens vont se tourner vers le marché noir".

    D’après le criminologue, Canberra a fait deux erreurs : avoir accru le prix des cigarettes à un niveau tel qu’à un rythme d’un paquet par jour, la facture d’un fumeur grimpe à quelque 1 million de francs (8 700 euros) par an, mais aussi avoir restreint les ventes de vapoteuses uniquement en pharmacie. "Le gouvernement doit baisser la taxe indirecte sur le tabac pour cesser l’hémorragie vers le marché noir, et doit légaliser les produits de vapotage", plaide James Martin.

    L’enseignant mentionne la Nouvelle-Zélande voisine, seul pays ayant introduit un niveau de taxation similaire à l’Australie sur le tabac, mais qui a légalisé les cigarettes électroniques en 2020. "La Nouvelle-Zélande avait un taux de tabagisme supérieur au nôtre il y a tout juste quatre ans. Il est aujourd’hui considérablement plus bas que celui de l’Australie", dit-il.

    1,8 milliard de cigarettes de contrebande saisies

    Le marché des cigarettes de contrebande et des vapoteuses prospère : la police australienne aux frontières a rapporté avoir saisi 1,8 milliard de cigarettes et plus de 436 tonnes de feuilles de tabac illicites entre juillet 2023 et juin 2024.

    Pour mémoire, en février dernier, une saisie "historique" avait été menée en Nouvelle-Calédonie de près de 76 tonnes de cigarettes de contrebande qui étaient destinées au marché australien et cachées dans des conteneurs d'un navire tanzanien. Valeur estimée : 34,6 millions d'euros, soit 4,12 milliards de francs.

    L’Australie se targue d’être à la pointe de la lutte contre le tabagisme. En 2012, le pays avait été le premier au monde à imposer les paquets de cigarettes banalisés. Ces dernières décennies, le tabagisme a nettement reculé, de 24 % de fumeurs parmi les plus de 14 ans en 1991 à 8,3 % en 2023, selon une enquête publique. Mais la consommation de nicotine par personne est, elle, "relativement stable" depuis 2016, d’après une enquête de l’Institut australien de la santé, qui s’est intéressé aux traces dans les eaux usées de cette molécule addictive présente dans les cigarettes, vapoteuses et substituts du tabac.

    D’après Edward Jegasothy, enseignant en santé publique à l’université de Sydney, que les prix soient stables ou nettement en hausse, les proportions de fumeurs en Australie ont baissé au même rythme. L’expert défend une baisse des taxes sur le tabac et un renforcement des contrôles de police, rappelant que la politique fiscale sur le tabac pèse avant tout sur les catégories socio-économiques les plus en difficulté, les plus exposées au tabagisme et qui consacrent une part plus importante de leurs revenus aux cigarettes.

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