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  • AFP | Crée le 01.04.2025 à 07h24 | Mis à jour le 01.04.2025 à 07h24
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    Marine Le Pen a été condamnée à cinq ans d’inéligibilité et quatre ans de prison, dont deux ferme, pour détournement d’argent public. Photo AFP / THOMAS SAMSON
    Condamnée à cinq ans d’inéligibilité et quatre ans de prison, dont deux ferme pour détournement d’argent public, Marine Le Pen dénonce une "décision politique" de la justice. Son avocat a annoncé qu’elle ferait appel.

    La cheffe de file de l’extrême droite française, Marine Le Pen, a dénoncé lundi (mardi matin, heure de Nouméa) une "décision politique" après sa condamnation à cinq ans d’inéligibilité avec effet immédiat pour détournement de fonds publics, demandant à être jugée rapidement en appel avant l’échéance présidentielle de 2027.

    "Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi. Je vais mener les voies de recours que je peux. Il y a un petit chemin. Il est certes étroit, mais il existe", a-t-elle promis sur le journal télévisé de la chaîne privée TF1, alors que la décision, pour l’heure, la prive de sa candidature à la prochaine présidentielle dont elle est la favorite des sondages.

    Elle a aussi stigmatisé "des pratiques que l’on croyait réservées aux régimes autoritaires […]. Il y a des millions de Français qui croient en moi […] et je viens leur dire (que) ça fait trente ans que je me bats contre l’injustice […]. Je le ferai jusqu’au bout."

    Marine Le Pen, 56 ans, a également été condamnée à quatre ans d’emprisonnement, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique. Mais c’est l’inéligibilité qui menace de lui barrer la route, après trois tentatives infructueuses depuis 2012 à la présidentielle.

    Son avocat, Me Rodolphe Bosselut, avait auparavant annoncé qu’elle ferait appel, mais un second procès pourrait ne pas se tenir avant au moins un an, à quelques mois du rendez-vous quinquennal.

    La présidente du tribunal a justifié qu’il fallait "veiller à ce que les élus comme tous les justiciables ne bénéficient pas d’un régime de faveur", mais la décision a secoué l’échiquier politique français.

    "Je suis Marine"

    Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, 29 ans, qui fait désormais figure de présidentiable, a appelé à une "mobilisation populaire et pacifique" et dénoncé "la dictature des juges".

    Le Premier ministre, François Bayrou, lui-même a fait savoir par son entourage qu’il était "troublé par l’énoncé du jugement".

    Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) français a, de son côté, exprimé son "inquiétude face aux réactions virulentes" et mis en garde contre la remise en cause de l’indépendance de la justice.

    Les réactions ont fusé aussi à l’étranger chez les soutiens du parti d’extrême droite.

    Le Kremlin a déploré une "violation des normes démocratiques", tandis que le Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, écrivait sur X : "Je suis Marine !".

    Le patron de l’extrême droite néerlandaise, Geert Wilders, s’est dit "choqué" et le vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, a fustigé une "déclaration de guerre de Bruxelles".

    Elon Musk, le multimilliardaire américain, qui soutient régulièrement l’extrême droite en Europe, a dénoncé sur son réseau social X un "abus du système judiciaire" par "la gauche radicale", affirmant qu’il y aurait "un retour de bâton, comme avec les attaques judiciaires menées contre le président (Donald) Trump".

    L’alternative Bardella

    Au total, vingt-trois autres personnes ont été condamnées, ainsi que le Front national (FN), devenu RN en 2018, qui s’est vu infliger 2 millions d’euros d’amende (238 millions CFP), dont 1 million ferme, et une confiscation d’1 million d’euros saisis pendant l’instruction dans cette affaire d’emplois fictifs d’assistants au Parlement européen.

    Cette décision rebat les cartes au sein de l’extrême droite française.

    Marine Le Pen espérait enfin récolter en 2027 les fruits d’une décennie passée à polir l’image du parti fondé sous le nom de Front national par son père, Jean-Marie Le Pen, condamné pour propos racistes et antisémites et décédé le 7 janvier.

    Le RN a réalisé une percée historique aux législatives anticipées de 2024, où il est arrivé deuxième derrière l’alliance de gauche, avec 123 députés.

    Il est désormais en position d’arbitre de la vie politique française, pouvant contribuer à faire chuter le gouvernement.

    En dépit de son inéligibilité, Marine Le Pen conserve son mandat de députée en cours. Quant à l’ambitieux Jordan Bardella, il bénéficie d’une large cote de sympathie, supérieure même à celle de sa mentor, selon un récent sondage.

    "Au cœur du système"

    Certains adversaires politiques du RN craignaient qu’une telle décision soit incomprise d’une partie de l’opinion, et qu’elle ne fasse in fine son jeu.

    Dans le fief de Marine Le Pen, à Hénin-Beaumont (Nord), les habitants ont dénoncé une décision "politique".

    "Je trouve pas ça logique qu’elle soit punie pour ça", déclare ainsi Stacy Taquet, 28 ans, en recherche d’emploi.

    "C’est honteux parce qu’elle avait sa place, renchérit Karine Groulez, aide-soignante de 56 ans. Ils ne veulent pas qu’elle soit présidente et puis c’est tout."

    Tout au long du procès, Marine Le Pen n’a cessé de clamer son innocence.

    Mais le tribunal a établi qu’elle était "au cœur" d’une pratique "organisée, centralisée" pour "optimiser" et dépenser de façon "intégrale" les enveloppes de 21 000 euros (2,5 millions CFP) auxquels les députés avaient droit au Parlement européen pour payer leurs assistants parlementaires.

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